[Regards croisés] Le plastique, au cœur de la controverse

Témoignage de Gilles Dennler, Directeur de la Recherche chez IPC, Centre Technique Industriel de la Plasturgie et des Composites.

Quelques mots sur IPC et son rôle au sein de la filière plasturgie-composites ?

G.D. : En tant que Centre Technique Industriel dédié à l’innovation plastique et composite, IPC accompagne les entreprises françaises pour améliorer la compétitivité de l'industrie par l'innovation et la R&D.

La feuille de route d’IPC est issue d’une concertation au sein de la profession, rassemblant industriels et sachants. Elle repose sur 3 axes stratégiques :

  • L’industrie du futur

    • optimiser les outils de production pour accroître la compétitivité des industriels.

  • Les pièces à haute valeur ajoutée

    • diriger l’industrie française vers la production de pièces techniques avec une plus grande valeur ajoutée et promouvoir la plastronique, qui consiste à intégrer des pièces électroniques dans le plastique.

  • L’économie circulaire – inciter l’intégration de plastiques recyclés et l’écoconception. L’innovation et la toxicité sont des sujets connexes à cette thématique.

Comment se positionnent les entreprises de la plasturgie-composites dans le paysage industriel actuel ?

G.D. : En France, 80% des entreprises de la filière plasturgie - composites sont des TPE ou PME. Une bonne partie d’entre elles sont des sous-traitants et répondent à des donneurs d’ordre d’une taille disproportionnée en comparaison à la leur. La capacité décisionnelle sur le choix technique ou de fabrication est donc plus souvent du ressort du donneur d’ordre que du leur. Généralement quand les TPE-PME se positionnent sur un appel d’offre, le prix reste le critère principal du donneur d’ordre, laissant de ce fait une faible marge de manœuvre aux TPE-PME et éloignant l’intérêt environnemental.

il est plus que nécessaire de faire en sorte que les déchets plastiques soient assimilés à des ressources.

Entre « plastic bashing » et loi AGEC, le plastique fait beaucoup parler de lui…

G.D. : En effet, depuis quelques années, on assiste au phénomène mondial du « plastic bashing », en d’autres termes un rejet généralisé du plastique. Dans les faits, le plastic bashing est principalement associé aux emballages alimentaires à usage unique. Petit à petit, le plastique est devenu l’exemple de ce que les gens aiment de moins en moins dans la société actuelle. La mobilisation citoyenne a permis de faire bouger les lignes. On a pu le constater avec l’adoption de nouvelles législations telles que la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire dite loi AGEC.

Néanmoins, il y a des aberrations dans cette lutte anti-plastique, comme la demande des ONG de remplacer les bouteilles PET par des bouteilles en verre… alors que le bilan carbone de réutilisation du verre est moins bon que celui du PET. La situation est bien plus complexe qu’elle n’y paraît, les alternatives au plastique ne sont pas si évidentes et pas forcément plus bénéfiques pour l’environnement. C’est pourquoi, il est indispensable que toute la chaîne de valeur soit mobilisée et que chacun des acteurs prenne ses responsabilités, de la conception à la fin de vie des produits, y compris les citoyens.

La loi AGEC contient plusieurs mesures visant directement les plastiques. Qu’en est-il ?

G.D. : Deux articles se démarquent et auront un impact fort sur la filière :

— L’interdiction de mise sur le marché des emballages en plastique à usage unique d’ici à 2040.

— L'objectif de 100% de plastique recyclé d'ici le 1er janvier 2025. Par ailleurs, de nouvelles filières à responsabilité élargie du producteur (REP) [2] devraient voir le jour, notamment pour les jouets, les articles de sport et loisir, les articles de bricolage…

Certaines d’entre elles impliquent beaucoup les plasturgistes et auront donc des répercussions non négligeables sur leurs activités. En dehors de l’aspect législatif, il ne fait aucun doute que la loi AGEC contribuera à l’évolution des modes de consommation. Fort du contexte actuel, il est plus que nécessaire de faire en sorte que les déchets plastiques soient assimilés à des ressources.


[2] "Dans le cadre de la REP, les fabricants, distributeurs pour les produits de leurs propres marques, importateurs, qui mettent sur le marché des produits générant des déchets, doivent prendre en charge, notamment financièrement, la gestion de ces déchets." (ADEME)

POUR EN SAVOIR + https://ct-ipc.com/


Témoignage de Simon Gourgaud, Délégué régional de Polyvia Auvergne-Rhône-Alpes

Comment s’inscrit Polyvia (anciennement Allizé-Plasturgie) dans la filière plasturgie-composites à l’échelle de la France et en AuvergneRhône-Alpes ?

S.G. : Allizé-Plasturgie  etait une union interrégionale composée de 5 syndicats régionaux présents en Auvergne-RhôneAlpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est, Provence-Alpes-Côte d’Azur & Corse, Occitanie, qui développent des synergies sur l’ensemble de l’Est de la France pour répondre de manière efficace aux besoins des industriels de la filière Plasturgie. Les équipes de Polyvia accompagnent directement ou indirectement les acteurs de la plasturgie et des composites dans leurs activités quotidiennes et leurs réflexions stratégiques.

[Note de la Rédaction] Depuis le 31 décembre 2020,  un nouveau syndicat national, Polyvia, regroupe les organisations professionnelles de la plasturgie et des composites. Née de la volonté des syndicats interrégionaux de la plasturgie Allizé-Plasturgie, Gipco, Plasti Ouest, de la Fédération de la plasturgie et des composites et du GPIC (Groupement de la plasturgie industrielle et des composites), Polyvia représente les industriels de la plasturgie et des composites sur l’ensemble du territoire national.

Avec près de 800 entreprises du secteur, plus de 24 000 salariés et un chiffre d’affaires de plus de 6,4 milliards d’euros, Auvergne-Rhône-Alpes est la première région française en matière d’industrie plasturgie et composites. Polyvia Auvergne-Rhône-Alpes représente et accompagne plus de 500 entreprises de la région dans l’ensemble de leurs projets, qu’il s’agisse de transformateurs ou de tout autre acteur faisant partie de la chaîne de valeur de l’industrie.

Une mobilisation de toute la filière est nécessaire pour prendre ce virage de l’économie circulaire

Quelles sont les caractéristiques de la filière plasturgie-composites en Auvergne-Rhône-Alpes ?

S.G. : Outre le fait que la région héberge un quart des entreprises et 20% des effectifs de la filière plasturgie-composites française, Auvergne-Rhône-Alpes se distingue aussi par l’ancrage historique de la plasturgie sur son territoire. Ainsi, la « Plastics Vallée » autour d’Oyonnax, rassemble la plus forte concentration d'entreprises spécialisées dans le plastique en Europe.

Du côté auvergnat, depuis 1950, les territoires de Sainte-Sigolène et de Monistrol-sur-Loire connaissent une spécialisation industrielle : l’extrusion [1] des plastiques. La région se démarque également par la diversité des domaines d’application de la filière, propres à son territoire : médical, sportif, aéronautique, agroalimentaire, automobile… Nous disposons d’un savoir-faire extraordinaire sur le territoire Auvergne-Rhône-Alpes.

Comment se positionnent les entreprises de la filière plasturgiecomposites vis-à-vis d’une transition vers l’économie circulaire ?

S.G. : Nous faisons face à une évolution des mentalités. Il est stratégique pour les entreprises d’intégrer l’économie circulaire dans leurs pratiques, elles en sont convaincues. Pour saisir cette opportunité, il reste néanmoins plusieurs défis à relever, qu’ils soient d’ordre technique ou économique. Les matières premières recyclées l’illustrent bien : de manière très conjoncturelle, certaines matières sont actuellement plus chères que des matières vierges et impliquent des contraintes techniques non négligeables côté production. Une mobilisation de toute la filière est nécessaire pour prendre ce virage de l’économie circulaire.

Pour aider les entreprises à s’en saisir, des outils et dispositifs sont mis en place tels que le label MORE [2] créé par la Fédération de la Plasturgie et des Composites. Ce label est décerné aux industriels qui sourcent des matières plastiques recyclées dans leur production. Une manière de promouvoir les bonnes pratiques et les innovations liées à l’économie circulaire.

En juillet 2020, la Région AuvergneRhône-Alpes a voté la mise en place d’un « accord volontaire en faveur de l’économie circulaire » avec la filière plasturgie-composites. Quels sont les objectifs de cet accord volontaire de filière ?

S.G. : Cet accord volontaire en faveur de l’économie circulaire est l’expression d’une volonté politique partagée, associée au déploiement d’un plan d’action ambitieux mobilisant de nombreuses structures de la profession (Centre Technique Industriel de la Plasturgie et des Composites, Plastipolis, Axelera, le Pôle Écoconception…).

Polyvia AuvergneRhône-Alpes est en charge de la coordination et de l’animation de l’accord qui vise à accélérer la valorisation des déchets dans le secteur plasturgiecomposites. L’aide votée par la Région s’élève à 1 740 000€ et certains dispositifs de l’accord sont également financés par l’ADEME.

L’accord s’articule autour de trois axes :

  • Informer et former sur la nécessité de la transition vers l'économie circulaire.

  • Accompagner techniquement les entreprises à l'intégration de matières plastiques recyclées.

  • Développer l'éco-conception.

Cet accord de filière répond à la nécessité d’accompagner les entreprises du territoire dans cette transition vers l’économie circulaire et à faire face aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux du secteur.

[1] Extrusion : procédé de fabrication par lequel un matériau est compressé au format de la pièce à obtenir.

[2] MORE : https://www.laplasturgie.fr/more/


POUR EN SAVOIR + https://www.polyvia.fr/fr/organisation-regionale/polyvia-auvergne-rhone-alpes


Source : ECLAIRA - Le Bulletin N°18 / janvier 2021

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