[Focus biologie de synthèse : des ingrédients éco-conçus pour les produits cosmétiques]

Des ingrédients éco-conçus  pour les produits cosmétiques  grâce à la transformation  de résidus végétaux 

Pour remplacer les ingrédients d’origine pétrochimique utilisés dans les produits cosmétiques, BGene développe des solutions à base de matière végétale issue de résidus de production, alliant ainsi réduction des déchets et approvisionnement durable. 

BGene est une startup fondée en 2014 par trois associées : Marie-Gabrielle Jouan, Caroline Ranquet et Alexia Chandor (photo ).

Elle occupe depuis un an le « Mambo 7 » à Grenoble, un espace de travail créé avec deux autres startups où certaines salles sont partagées. À ses débuts, l’objet de la société était de proposer des services scientifiques en matière de biotechnologie à d’autres entreprises. En 2017, une levée de fonds et l’achat d’une entreprise réalisant des logiciels spécifiques au domaine de la génétique permettent de faire évoluer l’activité.

L'ingrédient n'est pas différent mais il est produit différemment. 

Via la maîtrise de technologies telles que l’informatique et la microbiologie, BGene écoconçoit des voies de synthèse en utilisant des matières renouvelables.

Autrement dit, elle développe des modes de production alternatifs à la pétrochimie pour créer des ingrédients destinés à la cosmétique. La startup travaille pour son propre compte et celui d’entreprises cherchant à changer la façon dont elles obtiennent leurs composants. Elle met notamment au point un procédé à base de résidus de bois, provenant de l’exploitation forestière, pour créer des ingrédients destinés à la production de parfums.

Les avantages de l’utilisation de coproduits végétaux

Les consommateurs rejettent de plus en plus les ingrédients provenant de la pétrochimie, toxiques pour l’homme et l’environnement. En parallèle, les enjeux d’approvisionnement local et de production française prennent de l’importance, d’autant plus depuis le début de la crise sanitaire. L’utilisation de matières biosourcées[1] (le biosourcing) répond à cette demande et à ces enjeux mais fait apparaître d’autres problématiques : occupation des sols concurrentielle à la culture de produits alimentaires, utilisation d’eau, d’engrais, dépendance aux aléas climatiques, éventuelle utilisation de solvants issus de la pétrochimie pour l’extraction végétale…

C’est pourquoi il est intéressant de se tourner vers l’exploitation de matières végétales secondaires (coproduits, déchets de production…) afin de garantir un faible impact environnemental.

Être connues et reconnues, un défi pour les innovations

La science avance souvent plus vite que les réglementations. Des solutions innovantes souffrent donc parfois de méfiance car elles ne correspondent pas aux normes existantes. Le biosourcing, tout comme la biologie de synthèse (action des micro-organismes), sont encore mal connus et mal compris par les clients. L’association Chimie du Végétal, à laquelle BGene est adhérente, porte la mission de mieux faire connaître ces procédés au niveau national. Il s’agit notamment de valoriser le fait que les solutions développées répondent à des enjeux de production française.

La biologie de synthèse consiste à utiliser des micro-organismes tels que des bactéries pour transformer la matière. La fermentation permet ainsi d’obtenir des ingrédients à partir de matière végétale. Cette voie est naturelle car elle se base sur des procédés biologiques et évite l’utilisation de solvants toxiques.

Des technologies qui s’inscrivent dans des circuits de production locaux

La force de la solution développée par BGene réside dans le fait que le bois est une ressource accessible localement, permettant de rapprocher approvisionnement et production. L’activité, telle qu’elle est pensée par ses fondatrices, a vocation à s’inscrire dans les filières forestières et papetières. Ces industries produisent en effet de gros volumes de coproduits et déchets pouvant entrer dans une économie circulaire et devenir une matière première.

BGene a en outre remporté avec l’entreprise Sensient Cosmetic Technologies et le laboratoire TWB un appel à projet national pour le développement d’ingrédients entrant dans la composition des colorations capillaires. Il s’agit de redévelopper en France une filière vertueuse, respectueuse de l’environnement et des hommes. Aujourd’hui la production est si toxique qu’elle n’est pas autorisée en Europe.

Une cohérence entre les valeurs humaines et écologistes

BGene est fondée sur des valeurs de respect de l’humain et de l’environnement. La gestion des ressources humaines se base sur la bienveillance, le bien-être des personnes au sein de l’entreprise et la réponse au besoin de sens au travail. Au laboratoire, il est question de réduire les nombreux éléments jetables et d’économiser les ressources. Les associées se projettent dans la phase d’industrialisation et imaginent une usine autonome où les coproduits sont réinjectés dans le cycle de production, ou réutilisés sous une autre forme, par exemple comme source d’énergie…

Un changement d’échelle en préparation

BGene compte 19 salariés (photo ci-dessus) en 2020, contre 4 en 2014. Elle grandit également en termes d’espace occupé dans ses locaux grenoblois. Pour continuer sur cette voie, la startup prépare une nouvelle levée de fonds dont l’objectif est de passer de l’échelle du laboratoire au démonstrateur industriel. Elle a également pour ambition de repenser les voies de bioproduction d’ingrédients de la même famille que ceux sur lesquels elle a déjà travaillé afin de proposer de nouvelles alternatives à la synthèse pétrochimique.

[1]  Matières issues de la biomasse végétale ou animale


Source : ECLAIRA - Le Bulletin N°17 / septembre 2020

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  • Dernière modération le 05/10/2020 - 16:07

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