[A la loupe] Valorisation du lactosérum au pays du Saint-Nectaire

[A la loupe] Valorisation du lactosérum au pays du Saint-Nectaire

… une expérience originale conduite directement avec  les producteurs fermiers

Depuis de nombreuses années, une collecte de lactosérum fermier était assurée par les transformateurs laitiers. Au fil du temps, ils n’étaient plus que deux : Dischamp et Wälchli (Lactalis), avec des difficultés liées  à une augmentation de la quantité à gérer,  et reposant sur le niveau de la qualité requis et les risques pour faire entrer du lactosérum cru dans les usines.

C’est pourquoi, en 2014, l’Interprofession du Saint-Nectaire (ISN) a envisagé d’organiser une filière de collecte et de valorisation du lactosérum fermier, adaptée aux contraintes locales et à la problématique directement liée à la ressource.

Après une étude de faisabilité technicoéconomique réalisée en 2014, quatre actions ont été entreprises :

  • La société Lactoservice SAS regroupant l’ISN et les producteurs fermiers utilisateurs du service, a été créée.
  • Un partenariat a été noué avec la société Bonilait, qui dispose d’un site de préconcentration sur la zone AOP, et d’une tour de séchage en Auvergne à Saint-Flour. Lactoservice a investi dans une station de prétraitement du lactosérum fermier en amont du site de Bonilait : réception, filtrage, écrémage, pasteurisation du lactosérum dégraissé, pasteurisation et stockage de la crème.
  • Des contrats ont été établis avec les producteurs fermiers et avec les deux collecteurs historiques.

Un partenariat s’appuyant sur une mutualisation de moyens et un engagement fort entre producteurs fermiers, Lactoservice, deux collecteurs et l’entreprise Bonilait.

Le 1er août 2016, la première collecte a été traitée à Tauves, assurant un service de collecte et de valorisation du lactosérum de façon sécurisée du au niveau sanitaire et de façon transparente du point de vue des produits et des coûts.

En amont, Lactoservice gère la collecte du lactosérum pour le compte des producteurs fermiers. Cette collecte est assurée par les entreprises Dischamp et Lactalis qui couvrent chacune une partie de la zone AOP.

Un contrat est signé entre Lactoservice et les producteurs fermiers volontaires, sur cinq ans, selon un cahier des charges exigeant. 72 producteurs fermiers se sont ainsi engagés à respecter, en amont de la collecte, le stockage et la conservation du lactosérum dans des conditions sécurisées.

La valorisation du lactosérum varie selon le cours du marché de la poudre de lactosérum et porte également sur la vente de la crème.

Le lactosérum : du statut de déchet à une précieuse matière première

Le lactosérum, produit issu de la transformation du fromage, communément appelé « petit lait » a été longtemps considéré comme un déchet. Souvent rejeté directement dans le milieu naturel via l’épandage, il peut impacter fortement l’environnement du fait de sa forte charge polluante. La seule valorisation de ce sous-produit autrefois se faisait sous forme liquide pour l’alimentation porcine. Face à cet enjeu environnemental, de nombreuses solutions de valorisation ont été recherchées.

Au fil du temps, le lactosérum est devenu une véritable ressource pour le monde agricole et l’industrie agro-alimentaire. Reconnu pour son intérêt alimentaire, son utilisation pour la consommation animale a été étendue notamment à l’élevage bovin. Il est également transformé en poudre de lactosérum pour la nutrition animale. De très bonne qualité, la poudre de lactosérum sert à la fabrication de produits d’alimentation humaine (poudre infantile, chocolaterie, plats préparés, compléments alimentaires pour les sportifs, etc.). Aujourd’hui, le lactosérum est une matière première précieuse de par ses composants (protéines, lactose  et minéraux) et représente, ainsi, une opportunité pour la fabrication de nouveaux produits.

Utilisé aussi comme ressource énergétique, le lactosérum permet la production de biogaz par le biais de méthaniseurs collectifs  ou individuels mis en place  par des producteurs fromagers  ou des collectivités.

Lactoservice établit le compte de chaque producteur : si le produit de la valorisation du lactosérum est inférieur au coût de collecte, le producteur verse une prestation de compensation. Dans le cas inverse, c’est Lactoservice qui reverse au producteur la différence entre valorisation et coût de collecte.

Concernant la transformation, Lactoservice  a assuré le portage technique et financier  de la station de prétraitement pour un montant  de 600 000 € HT. L’investissement a bénéficié d’aides publiques de l’ordre de 200 000 € (Département du Puy de Dôme, Région et FEADER).

Bonilait a quant à lui investi dans le bâti. Il garantit la transformation du lactosérum des producteurs fermiers, comprenant le prétraitement et l’écrémage, mobilisant ainsi les compétences de son personnel sur ces deux phases de transformation.

Marie-Paule Chazal, directrice de l’Interprofession du Saint-Nectaire (ISN)

Quels enseignements retenez-vous de cette solution encore récente ?

« Cette expérience est singulière car elle vise directement une filière fermière, constituée de plus de 200 producteurs, dont plus de soixante-dix sont utilisateurs. En France, des initiatives de valorisation du lactosérum sont menées en lien avec des coopératives mais pas directement avec  les producteurs fermiers. C’est une solution parmi d’autres, complémentaire des autres formes de valorisation : méthanisation, utilisation par les animaux, etc. Lactoservice n’a pas vocation à traiter tout le lactosérum fermier !

Nous avons été les premiers surpris de la réussite de ce projet.  Très vite, les producteurs fermiers ont adhéré, ils en ont compris l’intérêt. Nous avons obtenu plus de 70 signatures de contrat en peu de temps,  et ce, malgré un cours faible de la poudre de lactosérum au moment  de la signature (490 €/tonne).

Aujourd’hui, nous sommes dans une période favorable car le cours  de la poudre de lactosérum est de 800 €/tonne. Le contrat de cinq ans permet un engagement dans la durée du producteur fermier indépendamment de la fluctuation des cours ! Nous pouvons accueillir  une vingtaine de producteurs supplémentaires sans problème.

Près de 7 millions de litres de lactosérum ont été collectés depuis le 1er août 2016, soit près de 14 millions sur un an, ce qui est très encourageant car nous visions 12 à 15 millions de litres annuels. Nous pensons aujourd’hui pouvoir monter en puissance et atteindre les 20 millions de litres annuels.

De plus, nous récoltons un lactosérum de très bonne qualité. On peut remercier les producteurs qui ont vraiment bien joué le jeu, ils respectent très bien le cahier des charges.

La plus grande difficulté que nous avons rencontrée est d’ordre financier : au niveau de la trésorerie, du fait des décalages entre le paiement  des investissements et les versements de certaines subventions.  Mais Lactoservice est satisfaite d’avoir été accompagnée et remercie  les financeurs ! »

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Source : ECLAIRA - Le Bulletin Numéro  N°6 / Mars 2017

Bulletin édité par CIRIDD - soutenu par la Région Auvergne - Rhône-Alpes

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Crédits photos : FOTOLIA / VJay / DR


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