A la croisée de deux disciplines scientifiques (l’écologie industrielle et l’écologie territoriale), l’EIT s’intéresse initialement aux relations entre les sociétés industrielles, et analyse les interactions entre les humains et la biosphère.

L’EIT « appliquée », concrète, a pour objectif d’enclencher un passage à l’action, c’est-à-dire de mettre en place des synergies et mutualisations entre acteurs économiques. Les principes de l’EIT s'appliquent ainsi à l'échelle du produit, de l'entreprise, de la filière et du territoire.

Une démarche d’EIT poursuit quatre objectifs (Selon une formulation de Suren Erkman dans son ouvrage de 1997 Vers une écologie industrielle) : valoriser les déchets, boucler les cycles en minimisant les rejets, dématérialiser les produits (meilleure productivité des ressources) et décarboner l’énergie. Il s’agit de diminuer la dépendance des systèmes aux éléments non renouvelables (phosphore par exemple).

L’analogie récurrente avec le fonctionnement des écosystèmes a concentré les premières actions d'EIT en milieu industriel autour du principe “les déchets des uns deviennent des ressources des autres”. Or, le champ d’action de l’EIT est beaucoup plus vaste. Qu’elle soit en milieu urbain ou rural, elle cherche à intégrer de la transversalité entre les différentes fonctions territoriales. L’EIT fait l’interface entre tous les acteurs du territoire par la mise en place d’un dispositif d'intermédiation, permettant de démultiplier les opportunités de coopération.

L’EIT intègre ainsi les symbioses industrielles, et se focalise sur les jeux d’acteurs et les dynamiques territoriales nécessaires à l’émergence et à la pérennisation des projets.

Les démarches d’EIT opérationnelles peuvent déboucher sur 5 grandes catégories d’actions :

•       Bouclages internes de flux : valorisation d’effluents, de matières combustibles, de chaleur, etc. ;

•       Synergies de substitution : échanges de flux de matières et d’énergie entre structures. Des déchets, sous-produits, effluents ou énergies se substituent aux flux habituellement utilisés ;

•       Synergies de mutualisation : mutualisation de services ou moyens par des structures pour produire, par exemple de la vapeur, ou encore collecter et traiter certains déchets. Ces pratiques permettent de rationaliser les moyens mis en œuvre et de  réaliser des économies d’échelle ;

•       Partage de ressources ou d’équipements : des chaudières ou des stations d’épuration, peuvent par exemple être partagées dans certaines conditions réglementaires. Cela s’applique également aux ressources « humaines » (emplois partagés), et aux immobilisations : salles de réunion, lieux de stockage, etc. ;

•       Nouvelles activités innovantes : les chaînes de valeur économiques peuvent parfois révéler des manques et donc des opportunités d’activités en circuit court (nouveau produit ou  service).

 

Schéma conceptuel de l'écologie industrielle et territoriale

Sans le principe de l'écologie industrielle, les flux empruntent un cheminement linéaire. Par exemple, de l'extraction des matières premières à leurs rejets après utilisation.

Comme le montre le schéma suivant, il est possible de créer des synergies entr les différents acters d'une filière :

Ce schéma est reproductible pour tous les types de flux matériels (énergie, matières premières, eau, déchets, ...) et imaatériels (services, ressources humaines ...)

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Les différents types d’application de l'EIT

Synergies de substitution

Définition : Dans ce cas, les déchets, coproduits, effluents (eaux industrielles, ...), ou énergies fatales (vapeur, chaleur, ...) sont valorisés de façon à remplacer des ressources "neuves" (ressources naturelles, produits semi-finis, ...) dans le processus de l’entreprise émettrice ou d’une autre entreprise.

A l’image du fonctionnement des chaînes alimentaires dans le milieu naturel, une synergie de substitution constitue à remplacer un flux entrant neuf par un flux sortant d’une autre entreprise qui est mal ou pas valorisé.

Les entreprises peuvent réutiliser entre elles ou avec les collectivités, voire avec les particuliers, leurs résidus de protection. L’originalité de l’écologie industrielle réside dans la systématisation de ces échanges au sein d’un territoire.

Différents flux peuvent être considérés :

  • Les déchets et les sous produits solides sont amenés à changer d’image et de statut puisqu’ils représenteront à terme une part importante de matières premières pouvant être utilisées par les process industriels (on parle alors de matières premières secondaires).
  • Les effluents liquides et eaux de traitement peuvent également être utilisés. Un flux d’eau propre peut être remplacé par un flux d’effluents liquides si ces caractéristiques physicochimiques sont compatibles.
  • Les surplus d’énergie (vapeur, gaz d’échappement, chaleur) autrefois rejetés dans l’atmosphère, peuvent être utilisés à la place des combustibles fossiles.
  • Les flux de combustible fossile peuvent être substitués par un flux de combustible alternatif (issu de déchets par exemple).

Ce type de synergies peut permettre de faire diminuer les coûts d’approvisionnement ou les coûts de traitement pour un flux sortant.

Sur le plan environnemental, il peut permettre d’économiser des ressources non renouvelables et d’éviter les émissions de polluants et de déchets liés à la production des matières premières neuves qui ont été substituées.

Dans une logique de substitution, la ressource locale bon marché l’emporte même si elle impose une évolution des machines et des méthodes de production. 

 

Synergies de mutualisation

Définition : Dans ce cas, les achats de matières premières ou de consommables sont groupés, la collecte et le traitement des déchets et effluents peuvent également être mutualisés. Les entreprises peuvent ainsi augmenter l’efficacité de ces opérations sur le plan économique et environnemental (économies d’échelle par la massification, réduction des transports, ...).

Lorsque plusieurs entreprises consomment ou rejettent le même type de flux, il est possible de mutualiser la fourniture ou le traitement de ces flux, ce qui permet des économies financières et environnementales. La mutualisation des besoins entre les acteurs économiques est également un moyen d’envisager la rationalisation et in fine la réduction de la consommation de ressources et des rejets polluants.

  • Mutualisation des entrants :

Lorsque plusieurs entreprises voisines utilisent le même type de vecteur énergétique (vapeur, air comprimé), il peut s’avérer intéressant d’en mutualiser la production. Une optimisation de cette production permet de rationaliser les coûts d’approvisionnement mais également, sur le plan environnemental, de diminuer la consommation énergétique des différentes entités.

Lorsqu’elles consomment le même type de matières, l’approvisionnement en commun de matières premières, de produits finis et semi-finis (logistique, achats groupés, etc.) peut permettre de négocier les prix avec les fournisseurs et de limiter le transport, coûteux sur les plans économiques et environnementaux. 

  • Mutualisation des sortants :

Plusieurs entreprises ayant le même type de flux sortants (déchets et effluents) peuvent en mutualiser la collecte et le traitement. L’optimisation du transport permet là encore de réaliser des gains financiers et environnementaux.

Le groupement des volumes permet ensuite, dans certains cas, d’atteindre des quantités suffisantes pour des traitements plus intéressants comme la valorisation.

 

Partage d’équipements et de services

Définition : Certaines entreprises trouveront un avantage à mettre en commun des services ou des infrastructures tels que les pipe-lines, les équipements de dépollution ou de valorisation des flux (broyeur, unité de compostage ou de méthanisation, ...), les aires de stockage ou de stationnement, les lieux de réunion, les moyens de transport du personnel, les lieux de restauration collective ou crèche, conciergerie inter-entreprise, etc.

Il apparait que les entreprises ont aujourd’hui intérêt à optimiser la gestion de leurs flux de production, notamment en recherchant des solutions dans leur environnement économique proche. Pour les acteurs publics, le but est de tendre vers des circuits économiques courts, en cherchant à réaliser un bouclage des flux de matières et d’énergie à l’échelle d’un territoire, d’une filière, d’une zone d’activités ...

 L’écologie industrielle se présente ainsi comme une véritable stratégie de développement durable des territoires. Ainsi, elle nécessite la coopération de nombreux agents économiques qui d’habitude s’ignorent ou sont en compétition. Elle permet également de faire émerger de nouvelles relations : pour exemple, passer d’un système concurrentiel à un système coopératif et partenarial. Au sein de cette démarche, on retrouve l’ensemble des acteurs économiques : institutions, collectivités locales, universités, associations, entreprises, aménageurs, gestionnaires, bureau d’études, ... Leur rôle peut être multiple : financeur, porteur de projet, initiateur, acteur/partenaire de synergies, expert, assistance à la maîtrise d’ouvrage : d’oeuvre ... Dans ce cadre les structures permettant le partage d’informations et de retours d’expériences apparaissent comme pertinentes.

Le partage d’équipements représente déjà une méthode de mise en oeuvre de la démarche d’écologie industrielle. L’équipement peut aller de la chaudière, à l’unité de traitement en passant par des lieux de réunions ...

 L’écologie industrielle comprend également le partage de ressources humaines (emplois en temps partagés), mais ce volet est à l’heure actuelle moins développé. En revanche, le partage de connaissances, de service et de retour d’expériences est une pierre angulaire de l’écologie industrielle et se développe par exemple à travers des clubs ou des rencontres interentreprises. Les bénéfices environnementaux et économiques sont liés à la rationalisation des pratiques et à un effet d’échelle.

 

Création de nouvelles activités

Définition : Une récente étude de l’association Orée insiste sur le fait que la valorisation d’un sous-produit, jusque-là inexploité, peu pousser à créer une nouvelle activité et à faire évoluer le métier d’une entreprise, avec notamment la création d’activités d’interface nécessaires à la valorisation de certains sous-produits ou en développant des filières locales et des filières d’emplois, de nouveaux services liés à l’identification de besoins communs ...

 Domaine d’investigation encore jeune, l’écologie industrielle ouvre un nouveau champ scientifique et technique pluridisciplinaire, à la croisée de l’ingénierie, de l’écologie et de l’économie. Mettre en place une démarche de management environnemental doit permettre d’intégrer l’environnement dans l’aménagement et la gestion de la zone d’activités mais aussi de répondre aux besoins des entreprises en proposant une offre de services adaptée. Il s’agit également de favoriser la prise en compte de l’environnement dans les entreprises.

La réorientation du domaine d’activité d’un entreprise ou la création de nouveau corps de métier dans le but de boucler les flux, en minimisant le prélèvement de matière première et le rejet de déchets fait partie intégrante d’une démarche d’écologie industrielle.

De nombreuses filières ne sont pas encore exploitées, et permettraient d’augmenter la performance des entreprises en valorisant des produits considérés jusqu’alors comme des déchets.

Outre le retraitement des déchets, l’aspect multidisciplinaire de l’écologie industrielle ouvre la porte à de nombreuses activités, notamment dans le domaine du service.

Le déploiement de l’écologie industrielle représente ainsi de nouveaux débouchés et de nouveaux emplois.

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Dernière mise à jour le le 05-09-2016 par Bulletin ECLAIRA

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