La filière des équipements électriques et électroniques (EEE)

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Grille-pain, montre connectée, radio-réveil, panneau photovoltaïque… L’étendue des Equipements Electriques et Electroniques (EEE) dépasse l’imaginaire commun. Et pourtant, sous cette catégorie souvent méconnue, se cache une part non-négligeable des déchets globaux lorsqu’ils arrivent en fin de vie.

Cette fiche a été rédigée par le CIRIDD dans le cadre de l’animation du Réseau ECLAIRA. Elle est le fruit d’une recherche documentaire ainsi que d’un travail de terrain auprès d’acteurs de la filière. - Décembre 2020


Table des matières

Contexte (définition, réglementation, filière ...)
Quelques chiffres clés (France, AURA)
Problématiques en lien avec l’économie circulaire
Des solutions en matière d’économie circulaire sur le territoire d’Auvergne-Rhône-Alpes
En résumé, les signaux de la transition
Bibliographie, pour aller plus loin


 

 

Contextualisation

 

 

Définition

 

Grille-pain, montre connectée, radio-réveil, panneau photovoltaïque… L’étendue des Equipements Electriques et Electroniques (EEE) dépasse l’imaginaire commun. Et pourtant, sous cette catégorie souvent méconnue, se cache une part non-négligeable des déchets globaux lorsqu’ils arrivent en fin de vie. A la croisée de tous les piliers de l’économie circulaire, les EEE soulèvent de nombreux enjeux de la transition écologique : sobriété, pression sur les gisements de métaux rares, consommation énergétique, recyclage et délocalisation de la production… Cette fiche technique se donne pour objectif d’introduire des réponses apportées en Auvergne-Rhône-Alpes et ailleurs en France à ces enjeux.

Selon la définition réglementaire du code de l’Environnement, « Un Équipement Électrique et Électronique (EEE) est un équipement fonctionnant grâce à un courant électrique ou à un champ électromagnétique, ou un équipement de production, de transfert ou de mesure de ces courants et champs, conçu pour être utilisé à une tension ne dépassant pas 1 000 volts en courant alternatif et 1 500 volts en courant continu ».

La gestion en fin de vie des équipements devenus déchets est une problématique de taille pour cette filière. Comme il sera présenté dans la partie réglementaire, la prise en charge des déchets issus de ces équipements est le fait d’une directive européenne qui a fait l’objet d’une transposition dans le droit français. Les Déchets des Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) se découpent en deux grandes familles : les DEEE ménagers et les DEEE professionnels, et sont classés par catégories selon leur typologie (voir infographie). Le système repose sur un principe de responsabilité du producteur dans la prévention et la gestion des déchets produits. Pour chaque catégorie, les producteurs de déchets ont le choix de collecter et traiter eux-mêmes leurs déchets, ou d’avoir recours à des éco-organismes dédiés en y adhérant : 

 

Tableau des catégories de DEEE
et des éco-organismes concernés

 

 

 

 

Réglementation

 

  • La directive européenne 2002/96/CE, dite « directive DEEE », transposée par le droit français le 20 juillet 2005 : elle donne naissance à la filière française de collecte et de traitement séparée des DEEE. Cette filière est basée sur le principe de responsabilité élargie du producteur : selon le principe « pollueur-payeur », les producteurs d’équipements électriques et électroniques sont responsables de l’enlèvement et du traitement des DEEE.
  • Cette directive DEEE est refondue en 2012 et transposée par le décret français 2014-928 : il confirme l’obligation d’éco-conception des DEEE, de collecte séparée, de réutilisation, recyclage et valorisation des DEEE à travers divers objectifs.  Sa refonte fixe le statut des déchets professionnels et ménagers, l’obligation de reprise par le distributeur, et de la contribution visible (affichage du coût de l’élimination des DEEE sur la facture). Depuis le 15 août 2018, une plus grande diversité d’équipements électroniques et électriques ménagers sont potentiellement concernés par la directive du fait de leur dimensionnement, sous les catégories « gros » et « petits » équipements.
  • La directive 2002/95/CE, dite « RoHS » : elle fixe une liste de substances dont l’utilisation est interdite ou très limitée dans la fabrication des équipements.
  • Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (2020) : elle fixe l’obligation d’appliquer un indice de réparabilité et de tendre vers un indice de durabilité sur 5 catégories de produits dites pilotes, de favoriser la réparation et l’utilisation des pièces détachées, et d’encourager les produits plus respectueux de l’environnement avec un système de bonus-malus pour tous les produits faisant partie d’une filière REP

 

Organisation de la filière en France

 

Les DEEE ménagers et professionnels diffèrent à la fois par les objectifs qui les concernent et leur circuit de traitement. Dans les deux cas, le producteur est responsable de leur fin de vie. Dans ce cadre, le financement des opérations de collecte et de traitement est lié à la contribution financière du producteur au prorata des équipements mis sur le marché chaque année, dite contribution visible parce qu’elle est retranscrite dans le prix payé par l’utilisateur final, ainsi qu’à la cotisation du producteur à l’éco-organisme missionné.

 

  • La collecte

En ce qui concerne les DEEE ménagers, les éco-organismes organisent la collecte auprès des collectivités, d’entités de l’ESS spécialisées, des distributeurs reprenant les EEE en fin de vie, ou grâce à leurs propres canaux de collecte. Pour les DEEE professionnels, les producteurs (système individuel) ou les éco-organismes (système collectif) en charge récupèrent directement les déchets auprès des acquéreurs.

  • Le traitement

Les producteurs sont ensuite tenus de traiter ou de faire traiter ces déchets collectés séparément. Ils peuvent pour cela recourir à un système individuel ou à un système collectif en adhérant un éco-organisme. Les DEEE sont ensuite soumis à une hiérarchie des modes de traitement des déchets. Dans l’ordre, les responsables doivent privilégier le réemploi et par extension la réparation, la préparation à la réutilisation, la réutilisation des pièces ou de sous-ensembles, le recyclage de la matière, la valorisation énergétique via l’incinération avec récupération d’énergie, et l’élimination sans valorisation en derniers recours. Dans tous les cas, le recyclage des DEEE relève d’un processus complexe et documenté par les éco-organismes.

 

Quelques chiffres clés  

En France :

  • 1 928 995 tonnes d’EEE ont été mises sur le marché en 2018 (+2% par rapport à 2017) soit 192 fois le poids de la Tour Eiffel
  • 939 millions d’équipements ont été mis sur le marché (710 millions pour les ménages, 229 millions professionnels) soit 11 appareils par habitant pour les DEEE ménagers
  • Avec un taux de collecte global de 44,8 %, l’objectif national fixé par la Directive 2016 (45 %) n’est pas atteint en 2018.
  • 814 385 tonnes de DEEE ont été déclarées traitées en France en 2018, comme suit :
      • 1,1% de préparation à la réutilisation de l’équipement entier
      • 0,5% de réutilisation des pièces
      • 72,6% de recyclage matière (contre 80% en 2017)
      • 8,6% de valorisation énergétique
      • 17,1% d’élimination
  • 814 385 tonnes ont été traitées en 2018 (avec ou sans valorisation), soit 10% de plus qu’en 2017
  • Il y a 63 703 points de collecte des DEEE ménagers en 2018, soit environ 1 pour 1000 personnes

 

Les principaux objectifs des éco-organismes concernant les DEEE professionnels :

  • A partir de 2019, le taux de collecte national minimal à atteindre annuellement est de 85 % des déchets d’équipements électriques et électroniques produits, en poids
  • Le gisement 2015 était de 3.3 kg/hab. de DEEE professionnels. Le taux de collecte était de 21 % en 2015 au niveau national. L’objectif de 25 % n’était pas atteint alors que l’objectif de collecte augmentait à 85 % des déchets d’équipements électriques et électroniques produits, en poids en 2019.

 

Les principaux objectifs des éco-organismes concernant les DEEE ménagers sont les suivants :

  • Objectif de collecte : 65 % des quantités mises sur le marché sur les 3 années précédentes en 2019
  • Objectifs de recyclage : entre 50 et 80 % (selon les catégories d’équipement)
  • Objectifs de valorisation : entre 70 et 80 % (selon les catégories d’équipement)

  

En Auvergne-Rhône-Alpes :

 

  • En 2015, 9,8kg/hab de DEEE ménagers ont été collectés, soit 77 361 tonnes et 48% du gisement de DEEE ménagers, contre un objectif national de 10kg/hab en 2014.
  • Les DEEE des collectivités représentent 71 % des déchets collectés. 18,5% sont issus de la distribution, 3,5 % de l’Économie Sociale et Solidaire et 7 % d’autres origines.
  • En 2015, les Gros électroménagers GEM hors-froid représentent les tonnages les plus élevés avec 40% du tonnage collecté total, les petits appareils en mélange 26%, les GEM Froid 19 %, les écrans 15% et lampes moins d’1 %.
  • Le nombre de DEEE a augmenté entre 2012 et 2015, passant d’environ 22 000 tonnes à 40 000 tonnes, notamment en suivant l’augmentation de la population, mais aussi celle de la consommation et de la domotique.
  • Objectif d’une collecte supplémentaire de 5,2 kg/hab. à l’horizon 2025 par rapport à 2015, puis 5 kg/hab. à l’horizon 2031 par rapport à 2025, pour atteindre un taux de captage de 100% des DEEE des ménages
 

 

Quelques problématiques en lien avec l’économie circulaire

Tout au long de la filière des Equipements Electriques et Electroniques, les enjeux propres à la gestion de la ressource et du gisement naturel renvoient à la nécessité de favoriser l’économie circulaire. Voici un rapide aperçu des principales problématiques qui s’ancrent dans le cycle de vie des EEE :

 

Approvisionnement durable

 

Des produits très consommateurs en ressources

Le saviez-vous ? Derrière un téléviseur de 11kg, se cachent 2,5 tonnes de matières mobilisées[1]. En effet selon l’ADEME, le « poids caché » des objets matérialise la quantité de matière extraite, exploitée et transformée pour fabriquer un objet[2]. Un autre indicateur parlant est celui du poids carbone, qui comptabilise toutes les émissions CO2 générées par le cycle de vie d’un équipement. Ainsi, même après recyclage, une télévision 50 pouces ne pèse pas moins de 374kg eq CO2, soit un aller-retour Paris Nice en avion ![3]

Une majorité d’impact lors de la fabrication des équipements

La phase de fabrication est de loin la plus impactante pour l’environnement. Si l’on prend l’exemple de l’ordinateur, 80% de son impact environnemental est dû à sa production[4]. Cela est grandement lié à l’extraction des matières premières nécessaires à la construction, les procédés de fabrication et son transport (souvent réalisé en avion). La production d’un ordinateur en Chine, par exemple, émet environ 24 fois plus de CO2 que toute la durée de son utilisation en France[5].

Pour comprendre cela, il faut revenir sur l’enjeu de l’extraction de la matière première. Les faibles taux de concentration des métaux dans la roche nécessitent de traiter des quantités de roche colossales. Selon l’ADEME, il faut mobiliser de 50 à 350 fois leur poids en matières pour produire des appareils électriques à forte composante électronique.[6] Ensuite, la séparation et la purification des métaux est un processus énergivore et consommateur en eau[7]. Si l’eau utilisée n’est pas retraitée correctement, les produits chimiques nécessaires à cette opération provoquent l’érosion des sols et de la biodiversité au niveau local.

Par la suite, la production d’équipements électriques et électroniques demande de maîtriser des procédés complexes et énergivores pour assurer la pureté des composants, nécessaire à la sophistication de l’ère numérique. Souvent produits en Chine, l’électricité utilisée provient alors du charbon, source énergétique participant au changement climatique.

Un approvisionnement en matières rares et lointaines 

L’approvisionnement en matières premières rares et lointaines soulève également des problèmes sociétaux dans les pays d’origine. Outre la rareté de certains des 40 métaux différents nécessaires à la confection d’un smartphone et présents sur Terre en quantité limitée, leur extraction est souvent liée à des conditions de travail non-régulées dans les mines. Les minerais comme le coltan, indispensable à la fabrication des condensateurs, et dont les réserves sont à 80% situées en République Démocratique du Congo, sont parfois liés à des rentes pour des groupes armés au cœur de conflits géopolitiques épineux[8].

L’exploitation de ces ressources rares renvoie donc à la nécessité de créer des alternatives locales si l’on souhaite poursuivre la production d’EEE.

 

Eco-conception et économie de la fonctionnalité

 

Les DEEE sont la cause d’une grande partie de l’impact environnemental du numérique

 

S’arrêter un instant sur la problématique du numérique apparaît pertinent si l’on souhaite comprendre le poids environnemental des EEE. Le numérique se caractérise par un impact environnemental conséquent sur l’ensemble du cycle de vie des EEE qui en sont le support. Très souvent, la production est la phase la plus énergivore et consommatrice de matières pour les équipements numériques.

Mais l’impact de leur utilisation, invisible pour l’usager final, se traduit également par l’émission de gaz à effet de serre. A titre d’exemple, selon l’ADEME, au niveau mondial, entre 8 et 10 milliards de mails sont échangés en une heure. Contrairement au mythe de la dématérialisation[9], c’est-à-dire d’une économie numérique qui allège son empreinte matérielle sur la planète, ces nouvelles techniques se basent sur des infrastructures physiques gourmandes en matière et en énergie, comme les datas centers. Ainsi, la consommation d’énergie du numérique augmente de 9 % par an.[10] L’usage des technologies numériques place donc la société face à la nécessité de favoriser la sobriété dans la conception et l’usage pour limiter l’empreinte du web.

L’enjeu de l’éco-conception : anticiper la seconde vie des objets et lutter contre l’obsolescence programmée

L’éco-conception consiste à prendre en compte l’impact d’un produit pendant toutes les étapes de son cycle de vie. Dès sa conception, ce procédé envisage la consommation d’énergie que pourra avoir un équipement électrique lors de son utilisation par exemple. Cette méthode s’intéresse aussi à l’allongement de la durée de vie du produit, à contre-courant de l’obsolescence programmée. Enfin, elle vise à faciliter le réemploi, la réutilisation, le démantèlement et la valorisation des DEEE, notamment en rendant les produits démontables.

Un des enjeux clés de l’éco-conception réside alors dans l’anticipation de la seconde vie des objets. En effet, comme le montre l’ADEME, seulement 1,1% de tonnages des DEEE ont été traités par préparation à la réutilisation et 0,5% par réutilisation des pièces détachées. Ce taux n’est pas uniquement lié au manque d’éco-conception, puisque les conditions de collecte et de structuration des filières entrent en jeu. Mais cette faible proportion peut aussi se lier à une réflexion plus globale sur les conditions de réemploi, de démantèlement et de recyclabilité des produits dès leur conception pour favoriser la circularité des matières[11].  

L’économie de la fonctionnalité : favoriser l’usage plutôt que la possession

Le partage ou la location permettent d’augmenter la durée totale de fonctionnement d’objets peu utilisés au quotidien. Il en va de même pour la mutualisation au sein des entreprises. Par exemple, les salles de réunion et les équipements utiles à l’animation (écrans, vidéoprojecteurs) peuvent être mis en commun entre un certain nombre d’organisations utilisatrices. Pour certains EEE de dimension industrielle dont l’intensité d’utilisation est faible, l’intérêt économique de la mutualisation apparaît encore plus fortement.

Plus globalement, l’économie de la fonctionnalité vient questionner les besoins en termes d’équipements. Elle redéfinit ainsi ces besoins et pousse à s’affranchir du produit en valorisant plutôt la fonction qu’il remplit. Un contrat de location de téléphones reconditionnés au plus près des besoins des utilisateurs d’une organisation plutôt que l’achat assure la valorisation et le réemploi des équipements.

 

Allongement de la durée de vie et consommation durable

 

La sobriété plutôt que la démultiplication des équipements

Une autre clé pour maîtriser l’impact environnemental des EEE se situe nécessairement dans la sobriété des consommations et pratiques. Cela commence par soupeser l’utilité d’un achat d’équipement en lien avec sa réponse à un besoin réel, au sein même des organisations. De nombreuses alternatives low-tech existent face à la multiplication des outils numériques et sophistiqués. Pourtant, avec 9,4 milliards unités [12] en circulation dans le monde en 2020, il y a désormais plus d’objets connectés que d’humains ! Sur les biens de consommation à destination des équipes, un questionnement peut être mené sur les alternatives aux EEE pour remplir une fonction. Lorsque le recours aux EEE est indispensable, il s’agit d’éviter leur surdimensionnement car le recours à des produits plus grands ou plus complexes (effet similaire de la miniaturisation) alourdit leur bilan environnemental. 

 Lutter contre l’obsolescence culturelle et programmée 

Dans le droit français, l’obsolescence programmée désigne l'ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d'un produit pour en augmenter le taux de remplacement. L’obsolescence culturelle et programmée consiste à créer des besoins perpétuels chez les consommateurs du fait de l’évolution des fonctionnalités ou du design des nouveaux modèles, notamment via la publicité[13].

Ces processus revêtent des formes multiples : prix de réparation prohibitifs ou impossibilité matérielle de changer une des pièces, incompatibilité des nouveaux accessoires avec les anciens équipements, incitation au remplacement, fragilité du produit, détournement de l’impact écologique faible comme argument d’achat d’un équipement neuf, effet de mode... Ces procédés visent tous, délibérément, à pousser les citoyens à la consommation. A titre d’exemple, la 5G s’inscrit comme une innovation qui accélèrera l’obsolescence de la plupart des téléphones en circulation[14].

Favoriser les bonnes pratiques en termes de consommation énergétique et de sobriété numérique

Dans une optique de sobriété énergétique et numérique, il paraît utile de questionner les comportements acquis dans les pays riches. Ainsi, selon une étude de The Shift Project, le visionnage de vidéos en ligne est responsable de 50% de l’utilisation des centres de données et a généré près d’1% des émissions mondiales de CO2 en 2018 [15]. Cet exemple choisi parmi d’autres démontre l’étendue des habitudes qu’il faudrait reconsidérer pour ancrer les modes de vie contemporains dans la sobriété numérique.

De la même manière, des précautions simples permettent d’alléger la consommation des équipements électriques et électroniques. Dans la conception des espaces de travail et de vie commune, il est préférable de favoriser la circulation de l’air naturel au recours à la climatisation, d’installer un frigo loin des sources de chaleur telles que le lave-vaisselle... Ces gestes ne suffisent pas à eux seuls à atteindre les objectifs en matière d’économie circulaire des EEE, mais l’optimisation de l’utilisation est une porte d’entrée pour les consommateurs. De la même façon, l’allongement de la durée d’usage via l’entretien permet de minimiser l’impact environnemental d’un équipement puisque le plus gros des externalités négatives est lié à sa production, mais aussi de limiter les consommations d’énergie liées à son utilisation.

 

Recyclage et valorisation matière ou énergétique

 

Une solution, mais pas la panacée : l’enjeu de réparer, réutiliser et réemployer

Le recyclage des DEEE est l’objet de processus de traitement complexifiés par les nombreuses évolutions technologiques et la composition des équipements. En outre, les éco-organismes observent une diminution de la qualité des équipements collectés à traiter, notamment du fait de la baisse des parties en métaux au profit du plastique, plus difficile à recycler. En 2016, un rapport des Amis de la Terre estimait même que derrière le taux de recyclage officiel de 80%, seulement 36% des DEEE produits sont réellement valorisés[16].

Dans tous les cas, le développement des filières de réemploi et de réparation reste une alternative préférable au recyclage. En effet, la réparation est aujourd’hui complexifiée par l’obsolescence programmée et ses pratiques citées plus tôt. Globalement, le modèle économique de l’entreprise classique n’est pas favorable à l'introduction de la réparation, souvent génératrice de surcoûts. Pourtant, la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire insère plusieurs obligations légales à différentes échéances en ce sens : obligation de détenir des pièces détachées, d’exposer l’indice de réparabilité, de favoriser le réemploi des DEEE...

L’épineuse question du marché noir et de la protection de l’écosystème

Parmi les DEEE qui échappent aux filières légales de valorisation, certains alimentent le marché noir. Selon Interpol, le volume des déchets électriques et électroniques produits et mal gérés équivaudrait à un mur de 10 mètres de haut reliant Oslo à la pointe de l’Italie[17]. Cela représente des flux de ressources et de recettes détournés des circuits de recyclage qui participent à fragiliser le modèle économique de la collecte et du traitement.

Plus précisément, une grande partie des EEE en fin de vie dont le recyclage coûte trop cher est envoyée vers des pays en développement. Sur les 20 à 50 milliards de tonnes de DEEE produits dans le monde chaque année, la moitié alimente les économies informelles d’Afrique et d’Asie [18]. Sous forme de don, ces équipements sortent alors de la catégorie réglementaire du déchet puisqu’ils sont considérés comme des équipements d’occasion. Mais après quelques années d’utilisation supplémentaires, ils risquent alors de finir en décharge sauvage et d’alimenter les circuits du marché noir. Outre le coût de cette économie parallèle, ce phénomène comporte de nombreux risques pour la santé et l’environnement. En effet, les DEEE contiennent des substances dangereuses comme des métaux lourds, à la source de la pollution des eaux[19].

L’enjeu de l’organisation des systèmes locaux de collecte et de traitement

Il apparait alors urgent d’optimiser les circuits de collecte et de traitement des DEEE, en lien avec le local. En 2018, en France, la moitié des DEEE continue d’échapper aux circuits de collecte, et donc à la valorisation des flux. Une partie des explications peut se trouver du côté du comportement des consommateurs. Ainsi, en 2016, selon un rapport du Sénat, 100 millions de téléphones dorment dans les tiroirs des Français[20].

Pourtant, l’enjeu de rentabilité du recyclage des DEEE est fondamentalement lié à celui de la collecte. En effet, alors que la demande de matières premières secondaires et la quantité de gisement de qualité déclinent, les opérateurs du traitement font face à un besoin de massification pour que la valeur créée à partir du déchet finance les moyens déployés pour son recyclage. Or les investissements nécessaires au recyclage de DEEE ne sont pas toujours rentabilisés par les volumes collectés, ce qui met en danger la pérennité économique de ces entreprises [21].

Pour finir, il semble nécessaire d’investir localement dans des unités de traitement des DEEE. Selon l’ADEME, si les objectifs de collecte sont atteints en 2021, les capacités industrielles françaises de traitement se révéleront largement insuffisantes pour absorber les tonnages de certaines catégories d’équipements.

 

 

Des solutions en matière d’économie circulaire sur le territoire d’Auvergne-Rhône-Alpes

 

De nombreuses solutions se développent partout en France et en Auvergne-Rhône-Alpes pour favoriser l’économie circulaire des EEE. Sobriété, éco-conception, allongement de la durée de vie, recyclage… De multiples leviers existent pour économiser la ressource et diminuer son impact environnemental.

 

Favoriser la sobriété numérique grâce à l’éco-conception ou l’économie de la fonctionnalitéAbeille Informatique (63) ne vend pas de serveurs mais fournit de l’infrastructure informatique localisée dans ses locaux plutôt que dans ceux des clients pour dimensionner l’espace nécessaire sur mesure et éviter le gaspillage de ressources et d’énergie. Etablissements André Cros (38) propose aux clients de payer les mètres cubes d’air comprimé consommés au lieu d’acheter des équipements. Aristys (63) mise sur l’éco-conception numérique pour créer des sites plus légers et performants, nécessitant moins d’aller-retour serveurs. Au niveau national, Green IT, la communauté des acteurs du numérique responsable, s’intéresse à la sobriété numérique, à l’écoconception des services numériques, à la low-tech, et plus globalement à un avenir numérique alternatif.

 

Développer le réemploi et la réparation en actionnant le levier de la réinsertion professionnelle. En employant des personnes éloignées de l’emploi, ENVIE collecte et rénove des équipements électriques et électroniques pour les revendre à un coût accessible. Dans la même philosophie, le mouvement Emmaüs (69) est un partenaire des éco-organismes et un acteur clé du réemploi des EEE pouvant être remis en état. Ainsi,  TRIRA (69) exerce pour les DEEE le champ de compétence du mouvement Emmaüs : reconditionnement, réemploi, vente, réparation, maintenance, formations et actions de solidarités numériques. De nombreuses ressourceries comme la Rênoverie (01) commencent aussi à traiter les EEE pour les soustraire aux filières du recyclage.

 

Consommer responsable en privilégiant le matériel d’occasionSaint-Etienne Métropole (42) a équipé ses écoles en ordinateurs fixes et portables d’occasion, grâce à un partenariat avec Envie Loire en 2019. Dot River  (69) lutte contre l’obsolescence grâce aux logiciels libre-service, moins lourds, qui permettent d’offrir une deuxième vie aux machines. Afb France (74) collecte des parcs informatiques en fin de cycle auprès d’entreprises, sécurise l’effacement de données et leur donne une deuxième vie via la réparation ou le surcyclage. Micronov (01) reprend les parcs informatiques au moment de leur renouvellement, et en plus de ses activités de réparation, propose à la vente des produits de seconde main et des pièces détachées issues du démantèlement de matériel usagé.

 

Optimiser les circuits de collecte des DEEE et les étapes du tri grâce à la mutualisationTri-vallées (73) collecte les DEEE locaux et a participé à la construction de Terecoval (73), une unité de démantèlement des frigos provenant d'une grande partie du Sud-Est de la France. Ecollecte – Esat du Creuzier (03) est spécialisé dans la collecte, la dépollution et le désassemblage des DEEE pour faciliter leur valorisation. Dans le cadre du projet Eco-res’peer (63) mené sur la ZAE du Parc Européen des entreprises de Riom, la collecte des DEEE des entreprises est mutualiséeREI INDUSTRY (01) propose une solution clé en main à ses clients en rachetant les EEE obsolètes et inutilisés pour les collecter, les démanteler et les réemployer ou les faire recycler.

 

Promouvoir la réparation par les professionnels comme par les collectifs citoyens. Le Groupe Seb (69) a créé un label indiquant la réparabilité de ses produits pendant au moins 10 ans grâce à la disponibilité des pièces détachées. L’annuaire des Répar’Acteurs (69) proposé par les Chambres des Métiers et de l’Artisanat d’Auvergne-Rhône-Alpes répertorie les professionnels de la réparation, tout domaine confondu. En complément du rôle de ces artisans, les cafés-réparation comme le Repair Café (38) sont des associations citoyennes permettant aux particuliers d’apprendre à réparer eux-mêmes leurs équipements dans la mesure où ils sont économiquement irréparables. Le Pôle Territorial de Coopération Economique Circularis (38) a pour projet de créer un Fablab mutualisé R2D2 (Récupération Réemploi pour le Développement Durable) afin d’inciter à la réparation grâce à l’impression 3D, de pièces détachées par exemple.

 

 

En résumé, les signaux de la transition

 

Au niveau national, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (2020) laisse présager un certain nombre de changements dans la filière des EEE, autour de la réparabilité, des bonus-malus favorisant l’écoconception et de la promotion du réemploi. Dans la commande publique, certaines fournitures dont les EEE, devront être issues de la réutilisation ou intégrer des matières premières recyclées dans des proportions variant de 20 à 100%.

Au niveau régional, un axe fort de développement de l’économie circulaire autour des ressourceries offre un appel d’air au développement d’initiatives favorisant la réparation ou le réemploi des EEE.

Au niveau académique, de nombreux chercheurs poussent à l’adoption de mesures pour limiter l’impact environnemental des EEE. Dominique Bourg [22]et Mathilde Szuba[23] prônent ainsi par exemple respectivement des quotas individuels d‘énergie et de matière et une carte carbone adossée au système monétaire classique pour comptabiliser et réguler le poids carbone des consommations finales.

 

 

Bibliographie, pour aller plus loin

 

CIRIDD, mars 2019, Bulletin Eclaira n°13 “Le numérique, allié de l’économie circulaire ?"

CIRIDD et IEEFC, 2020, Compte-rendu de la 4ème séance de l’atelier national (2nde édition)

ADEME, 2019, Rapport annuel sur les DEE

ADEME, 2019. Diagnostic et état des lieux de la filière de traitement mécanisé des DEEE en France. Evaluation des capacités industrielles de traitement de la filière DEEE ménagers et professionnels.

ADEME, 2019, Guide pratique «L’économie circulaire en 10 questions »

ADEME, 2018, Infographie « ces objets qui pèsent lourd dans notre quotidien »

ADEME, 2017, Rapport annuel sur les DEEE

Cosima Dannoritzer, 2014, Film La Tragédie Electronique

Ecosystem, Comprendre l’éco-contribution et le financement du recyclage 

Ecologic, 2012, Film Le cycle de vie des DEEE sur Dailymotion

ECO3E, un site ressource sur l’éco-conception des équipements électriques et électroniques.

Easy Recyclage, « Recyclez vos équipements électriques et électroniques »

GREENIT.FR, une palette d’outils en faveur de la sobriété numérique

GREENIT.FR, 2018,  un livret blanc de 26 actions concrètes pour faire converger numérique et écologie

Jean Gadrey, 2008, La crise écologique exige une révolution de l’économie des services

Journal de l’environnement, 2020, Dominique Bourg : « une relance classique ne nous fera pas sortir de la crise »

Journal de l’environnement, 2016, Les DEEE échappent au recyclage

Journal du net, 2020, 50 milliards d’objets connectés en 2020, où en sommes-nous ?

Libération, 2019, la 5G déjà dépassée ?

Libération, 2017,  Les vieux mobiles veulent refaire leur vie

Qu'est-ce qu’on fait ?!, Infographie Obsolescence programmée

Région Auvergne-Rhône-Alpes, 2019, Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets

Szuba Mathilde, 2010, Rationnement volontaire contre « abondance dévastatrice » : l'exemple des crags

The Shift Project, 2018, rapport « pour la sobriété numérique »

The Shift Project, 2019 “Climat, l’insoutenable usage de la vidéo en ligne. Un cas pratique pour la sobriété numérique


 

 Notes

[1] ADEME, 2019, Guide pratique « L’économie circulaire en 10 questions »,

[2] ADEME, Infographie « Ces objets qui pèsent lourd dans notre quotidien »,  multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-poids-carbone (consulté en avril 2020)

[3] ADEME, Infographie « Ces objets qui pèsent lourd dans notre quotidien »,  multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-poids-carbone (consulté en avril 2020)

[5] GREEN.IT, 2010, 24 fois plus de CO2 lors de la fabrication d’un ordinateur que lors de son utilisation, https://www.greenit.fr/2010/02/26/24-fois-plus-de-co2-lors-de-la-fabrication-d-un-ordinateur-que-lors-de-son-utilisation/

[6] ADEME, 2019, Guide pratique « La face cachée du numérique » https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/guide-pratique-face-cachee-numerique.pdf

[8] Libération, 2017, Les vieux mobiles veulent refaire leur vie, https://www.liberation.fr/futurs/2017/05/30/les-vieux-mobiles-veulent-refaire-leur-vie_1573361

[9] Jean Gadrey, 2008, La crise écologique exige une révolution de l’économie des services, https://journals.openedition.org/developpementdurable/6423#tocto2n4

[10] The Shift Project, 2018, “Pour une sobriété numérique”, https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2018/11/Rapport-final-v8-WEB.pdf

[11] ADEME, 2017, Rapport annuel sur les Equipements Electriques et Electroniques, https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/registre-eee-donnees-2016-201711-rapport-annuel.pdf

[12] Journal du Net, 2020, 50 milliards d’objets connectés en 2020, où en sommes-nous ? https://www.journaldunet.com/ebusiness/internet-mobile/1488503-50-milliards-d-objets-connectes-en-2020-ou-en-sommes-nous/

[13] Qu'est-ce qu’on fait ?!, Infographie Obsolescence programmée, https://www.qqf.fr/infographie/49/obsolescence-programmee (consulté en avril 2020)

[14] Libération, la 5G déjà dépassée ? 2019, https://www.liberation.fr/debats/2019/12/12/la-5g-deja-depassee_1768809

[15] The Shift Project, 2019, “Climat, l’insoutenable usage de la vidéo en ligne. Un cas pratique pour la sobriété numérique”,  https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2019/07/2019-01.pdf  

[16] Journal de l’Environnement, 2016, les DEEE échappent au recyclage, http://www.journaldelenvironnement.net/article/les-deee-echappent-au-recyclage,77262

[17] Qu'est-ce qu’on fait ?!, Infographie Obsolescence programmée, https://www.qqf.fr/infographie/49/obsolescence-programmee (consulté en avril 2020)

[18] Qu'est-ce qu’on fait ?!, Infographie Obsolescence programmée, https://www.qqf.fr/infographie/49/obsolescence-programmee (consulté en avril 2020)

[19] Qu'est-ce qu’on fait ?!, Infographie Obsolescence programmée, https://www.qqf.fr/infographie/49/obsolescence-programmee (consulté en avril 2020)

[20] Libération, 2017, Les vieux mobiles veulent refaire leur vie, https://www.liberation.fr/futurs/2017/05/30/les-vieux-mobiles-veulent-refaire-leur-vie_1573361

[23] Szuba Mathilde, 2010, Rationnement volontaire contre « abondance dévastatrice » : l'exemple des crags