Un modèle économique innovant pour l'autopartage

Parmi les pionniers de l’autopartage en France, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif Citiz Alpes-Loire (anciennement Cité Lib) offre un service de voitures en libre-service en s’appuyant sur la mobilisation de multiples acteurs publics et privés.
  • Date de début : janvier 2005
  • Région Rhône-Alpes
  • Citiz Alpes-Loire - 38 Cours Berriat - 38000 Grenoble
 Coopération territoriale
 Clubs d'acteurs
 Financement participatif
 Gouvernance
 Modèles d'affaires
 Mutualisation d'infrastructures et de services
 Economie sociale et solidaire
 Coopération
  Entreprises
  Usagers

Les voitures particulières passent l’immense majorité du temps garées sur une place de parking et leur usage renvoie à des enjeux de pollution de l’air, de consommation d’espace public et de congestion des axes routiers.

Face à ces problématiques, l’usage partagé des véhicules est une des réponses proposées. Citiz Alpes-Loire a développé un service d’autopartage en boucle pour les professionnels et particulier : une place en ville est réservée à la voiture où les usagers la ramènent après chaque voyage.

Le statut de SCIC fait l’originalité de cette initiative, elle s’appuie sur des valeurs éthiques et s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire qui place l’humain, et non le profit, au cœur de son projet en associant de manière démocratique l’ensemble des parties prenantes à son fonctionnement. Le modèle financier qu’induit ce statut permet de renforcer la solidité financière de la société et de développer le service par la vente de parts sociales à des coopérateurs (partenaires et territoires). Il limite le recours aux subventions et facilite la levée de fonds.

Plusieurs types d’acteurs sont associés à la gestion de la société : acteurs publics, entreprises du secteur de la mobilité, usagers, salariés, structures de l’ESS et toute personne souhaitant soutenir la SCIC.

Le statut de SCIC correspond aux valeurs (importance du lien social et du collectif) ainsi qu’aux objectifs de l’autopartage : la volonté de s’intégrer dans les politiques de déplacement et de répondre au mieux aux besoins de mobilité nécessite une coopération poussée entre les parties prenantes. 

Bénéfices qualitatifs

L’objectif visé par Citiz Alpes-Loire est de réduire l’usage de la voiture particulière afin de diminuer la consommation d’espace public, la pollution, la congestion des axes routiers et d’optimiser l’usage des véhicules. Pour répondre à cet objectif, le service cherche à s’intégrer au mieux dans l’intermodalité.

Citiz Alpes-Loire souhaite servir d’exemple afin d’essaimer la pratique de l’autopartage sous ses différentes formes, elle envisage notamment une coopération avec la Suisse et a récemment lancé une activité de partage de voitures appartenant à des entreprises, collectivités ou particuliers (Ma Chère Auto).

Citiz Alpes-Loire contribue au lien social de par son activité et le fonctionnement coopératif. La société aspire désormais à devenir une entreprise libérée c’est-à-dire que chacun peut être un initiateur de projet peu importe sa fonction. Ma Chère Auto est d’ailleurs née de l’idée d’un salarié, elle a ensuite été travaillée en intelligence collective avec les autres salariés, puis les membres du C.A. et enfin les sociétaires. Cette façon de faire  a permis d’aboutir à un projet plus riche et plus rapidement que s’il avait été le fruit de la réflexion d’un groupe de projet ordinaire. 

Enfin, l’autopartage participe au changement des pratiques :

  • Les usagers utilisent plus les transports en commun ou les modes doux
  • En tant que coopératrices les collectivités mettent en partage leurs véhicules, cela permet d’éviter la pratique du remisage à domicile, c’est-à-dire l’utilisation à titre personnel des voitures appartenant à la collectivité, ainsi que d’optimiser leur usage et de faire preuve d’exemplarité.

Bénéfices quantitatifs

  • Citiz Alpes-Loire compte à ce jour environ 260 sociétaires et 260 véhicules répartis dans 30 villes de 5 départements en Rhône-Alpes.
  • Citiz Alpes-Loire est le premier opérateur d’autopartage à destination des professionnels en termes de chiffre d’affaire.
  • Une voiture Citiz remplace 9 voitures individuelles et libère jusqu’à 8 places de stationnement.
  • L’usage de la voiture est réduit car les utilisateurs sont amenés à choisir leur mode de transport en fonction de chaque trajet, l’autopartage bénéficie donc à l’intermodalité.
  • La pollution est également réduite puisque les voitures sont récentes et peu polluantes (émissions en moyenne inférieures à 120g de CO2 par Km), électriques ou hybrides.
  • Pour les usagers n’utilisant pas leur voiture tous les jours, l’autopartage est moins cher que la possession d’une voiture individuelle. Le coût du service comprend le carburant, l’assurance, l’entretien, l’assistance et dépend de la durée de la réservation ainsi que des kilomètres parcourus.

Etapes de l'initiative

  • 9 juillet 1999 : création de l’association loi 1901 Alpes AutoPartage, l’autopartage est ainsi initié à Grenoble durant le début des années 2000 par deux chercheurs en économie inspirés par des démarches menées en Allemagne, à Marseille et à Strasbourg.
  • 2005 : le service d’autopartage grenoblois à destination des particuliers devient opérationnel.  
  • Janvier 2010 : union entre l’association Alpes AutoPartage et une société de location de voitures entre professionnels située à Chambéry et adoption du statut de société coopérative d’intérêt collectif.
  • 2010 : les voitures auparavant garées en parking souterrain prennent place dans la rue, cela a favorisé le développement du service

Facteurs d'accélération et freins

L’autopartage est une pratique encore mal connue, le concept est émergent et demande un changement de vision sur la mobilité. Lors de la transformation en SCIC, il a fallu faire la preuve de l’équilibre économique du service pour que les collectivités deviennent sociétaires. Il a également fallu rassurer les opérateurs du secteur de la mobilité en leur démontrant par des études que l’autopartage n’est pas une activité concurrente aux transports en communs, vélos en libre-service etc. mais au contraire favorable à l’intermodalité, d’où l’intérêt de coopérer.

Le fonctionnement d’une SCIC nécessite de convaincre les parties prenantes des bénéfices de la coopération et par la suite d’assurer l’animation de la vie coopérative. La gouvernance multi-acteurs peut apparaitre comme plus complexe mais elle permet d’associer tous les partenaires concernés et notamment les collectivités. Ce modèle économique est favorable à l’implantation sur de nouveaux territoires, à l’établissement de nouveaux partenariats ainsi qu’à la pérennité de la société puisque des règles encadrent la gestion du capital, la prise de parts et leur revente. 

​La mobilisation d’acteurs, qu’ils soient publics ou privés, et leur coopération nécessitent de bâtir des relations de confiance. Citiz Alpes-Loire est arrivée à mobiliser aussi bien des usagers, que des collectivités et des entreprises du transport. En outre, si elle est nécessaire, la coopération n’est pas innée. L’animation de la vie coopérative représente un chantier permanent et c’est une activité à part entière pour Citiz Alpes-Loire.

 

Crédit Photo : ©christophe urbain - Citiz

Domaines d’activités

  • Mobilité
  • Services
  • Transport

Ressources

  • Energies renouvelables
  • Energies non renouvelables

Partenaires

  • ADEME
  • Région Auvergne-Rhône-Alpes
  • Ville de Grenoble
  • Grenoble-Alpes Métropole
  • Liste complète des partenaires: http://alpes-loire.citiz.coop/partenaire
  • Moyens techniques

    La SCIC est propriétaire de 260 véhicules, auxquels s’ajoutent ceux mis en partage dans le cadre de Ma Chère Auto. Chaque véhicule est équipé d’un boitier télématique. Des places de parking sont réservées aux véhicules lors de l’installation dans une nouvelle ville et des relais locaux de Citiz Alpes-Loire ont été créés. 

    Dispositifs, outils ou méthodologies

    Dans le cadre de l’animation de la vie coopérative, la SCIC utilise plusieurs méthodes et outils afin de créer du lien entre les coopérateurs mais également avec d’autres coopératives et associations locales :

    • Evènements,
    • Newsletters
    • Ateliers participatifs lors de chaque assemblée générale,
    • Groupes de travail ouverts à tous les membres
    • Ateliers entre coopératives
    • Représentation dans des associations locales
    • Participation à des formations, par exemple un MOOC du Mouvement Colibris sur la gouvernance partagée

    Moyens humains

    La société emploie 15 personnes.

    Elle engage un ou plusieurs étudiants en stage long chaque année pour assurer l’animation de la vie coopérative.

    Financeurs

  • ADEME, Conseil général de l'Isère, Grenoble Alpes Métropole, Fondation MACIF, Région Rhône-Alpes
  • Le service s’est développé jusqu’en 2008 avec des subventions de l’ADEME, du conseil général de l’Isère, de la Métro, de la fondation MACIF et de la région Rhône-Alpes. Le statut SCIC permet un nouveau modèle de financement : la vente de part sociale.

  • Les réserves de capital sont impartageables et variables, il peut augmenter à tout moment. Chaque part sociale vaut 750 €. Cela permet de couvrir le financement de nouvelles installations.

  • Collectivités
  • Les collectivités représentent aujourd’hui les plus gros coopérateurs dans la SCIC en détenant de 15 000 à 50 000€ de capital sur les 600 000€ de capital total.

    Témoignages

    Les valeurs portées par la SCIC entrent parfois en tension avec les logiques de fonctionnement d’une entreprise. La gouvernance partagée permet d’exprimer ces contradictions et de leur apporter des réponses. Des sociétaires ont par exemple fait remarquer que faire la promotion de Citiz et étendre la flotte de véhicules peut apparaître comme contraire à l’objectif de diminuer la place de la voiture dans les déplacements, ce sont pourtant des actions nécessaires à la viabilité financière du projet.

    Selon Martin Lesage, directeur,il est important pour le développement de son activité d’avoir un conseil d’administration fort qui joue le rôle d’agitateur, ainsi que d’être une entreprise agile, à l’écoute des signaux faibles et forts, ouverte à la rencontre d’autres coopératives

    Il est également convaincu que le développement de l’autopartage nécessite une approche collective et agile, la gestion multi-acteurs semble donc préférable à une institutionnalisation ou gestion « classique » par un opérateur privé.


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