[Regards croisés] Biomimétisme et économie circulaire

Quels liens peut-on faire entre le biomimétisme et l’économie circulaire ?  Quels bénéfices y a-t-il à lier ces deux thématiques ?

TÉMOIGNAGE D’HÉLÉNA AMALRIC, DESIGNER SPÉCIALISÉE EN BIOMIMÉTISME ET PORTEUSE D’UN PROJET BIOTOPE DANS LE CENTRE ÉCOLOGIQUE TERRE VIVANTE (ISÈRE).

Comment définissez-vous le biomimétisme ?

Le biomimétisme est un processus d’innovation qui prend modèle sur le vivant. Il cherche des solutions inventées par la nature pour répondre à des problématiques de notre société. Il s’agit d’une démarche pluridisciplinaire qui commence souvent par de la recherche fondamentale, généralement reprise en ingénierie, et qui est popularisée et commercialisée par l’entreprenariat. C’est une méthodologie qui tend à lier écologie et technologie.

Le biomimétisme englobe ce qui est en lien avec le vivant et reprend donc des disciplines telles que la bionique,  la bio-inspiration, le biomédical, la bioingénierie,…

Le Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis (CEEBIOS) travaille à sa définition et cherche ainsi à la normaliser pour rassembler autour d’une même idée.

Quels liens existe-t-il entre le biomimétisme et l’économie circulaire ?

Le biomimétisme et l’économie circulaire sont des modèles qui reposent sur le fonctionnement d’écosystèmes, c’est-à-dire un fonctionnement autonome, circulaire et sans déchet. L’économie circulaire s’inspire des écosystèmes naturels, tandis que dans une réflexion biomimétique l’écosystème est le tout premier modèle et principe à prendre en compte. On peut s’inspirer des procédés d’une plante ou d’une espèce, mais la réflexion doit être globale et écosystémique.

Il s’agit de deux approches complémentaires. Le biomimétisme apporte une méthodologie à l’économie circulaire en amenant des solutions à des problématiques spécifiques. Par exemple, transformer des déchets en ressources en s’inspirant d’une espèce qui se nourrit des déchets d’une autre espèce. Quant à l’économie circulaire, elle apporte un contexte économique au biomimétisme.

Quels sont les enjeux et leviers du biomimétisme ?

L’enjeu principal est d’arriver à transmettre la théorie du biomimétisme tout en permettant son application dans la vie courante. Aujourd’hui, le biomimétisme reste trop réservé à la recherche, aux sciences,… autrement dit à un univers

très théorique, trop loin du quotidien de chacun. Il est nécessaire de démocratiser le biomimétisme à tous les niveaux, pas seulement au niveau industriel. Et cela passe également par un soutien politique.

En outre, le biomimétisme est très attrayant et innovant mais s’il n’est pas défini et cadré il ne va pas pouvoir être appliqué de manière éthique de partout. Une définition claire, un rassemblement, un regroupement et donc une visibilité sont nécessaires à son déploiement.

Quelles perspectives ouvre le biomimétisme pour la société ?

Le biomimétisme permet à de nouvelles entreprises de se créer grâce à des innovations et au développement de nouveaux produits. Il est donc créateur d’emplois et d’activités. À travers son caractère pluridisciplinaire, le biomimétisme est créateur de liens et d’autres manières de fonctionner dans l’entreprise. Il décloisonne. Il pose également les questions d’une autre économie, tels que les brevets sur le vivant.

Le biomimétisme n’est pas seulement un objet ou une technologie, il est un moyen de trouver des solutions territoriales, de management, ou de fonctionnements sociaux. Il est aussi un moyen de rééquilibrer les inégalités ville/campagne, notamment par la recherche et l’innovation, puisque le milieu rural possède sous ses yeux un panel de solutions.

TÉMOIGNAGE D’HENRY DICKS,  PHILOSOPHE DE L’ENVIRONNEMENT ET DU BIOMIMÉTISME.

Comment définissez-vous le biomimétisme ?

Au sens littéral, le biomimétisme se définit comme « l’imitation de la nature ». Sa définition peut aller au delà en s’appuyant sur la vision de Janine Benyus qui propose de prendre la nature comme « modèle, mesure et mentor ». Par modèle, on entend la nature comme chose à imiter ou comme source d’inspiration. En la prenant comme mesure, la nature fait office de standard, d’étalon. Elle prend ainsi une dimension normative. Et en prenant la nature comme mentor, elle devient source d’apprentissage et donc de connaissances et de savoirs. Ainsi, la nature peut se décliner en trois dimensions : technique, normative et épistémologique. Pour aller plus loin, il conviendrait de définir la « nature » …    

Quels liens existe-t-il entre le biomimétisme et l’économie circulaire ?

Le biomimétisme est souvent réduit à une vision étroite qui cherche à imiter les « innovations » de différentes espèces, alors qu’il y a plus à gagner en s’appuyant sur le fonctionnement écologique. Ce dernier repose sur deux principes majeurs : l’utilisation des énergies renouvelables et le recyclage. L’économie circulaire est de fait présente dans la nature !

Le biomimétisme permet de mieux penser l’économie circulaire. Contrairement à certaines visions de l’économie circulaire présentant des boucles simples et fermées, le biomimétisme nous permet de voir que l’économie circulaire de la nature fonctionne avec des boucles ouvertes et souvent complexes. Le biomimétisme invite à repenser le modèle actuel de l’économie circulaire, notamment en prônant des boucles plus ouvertes, complexes et flexibles.

Quels sont les enjeux et leviers du biomimétisme ?

L’enjeu principal du biomimétisme est d’arriver à la fois à intégrer un certain nombre de domaines existants, tels que l’économie circulaire ou l’agroécologie, et de les penser de façon plus intelligente à partir de la vision de la nature comme modèle, mesure, et mentor. Le biomimétisme doit donc rassembler plutôt que morceler et diviser. Le biomimétisme n’est pas exactement une nouvelle méthode ; il vise plutôt à réunir une bonne partie de ce qui existe déjà dans le domaine de l’innovation écologique en nous aidant à penser de façon plus profonde comment nous pouvons transposer divers aspects de la nature dans le monde humain.

Quelles perspectives ouvre le biomimétisme pour la société ?

Aujourd’hui les Hommes sont résolument tournés vers l’avenir, mais il ne faut pas oublier d’où l’on vient. À la fin du XVIIIème siècle, nous avons rompu avec la vision traditionnelle de l’art et de la technique comme imitations de la nature, adoptant ainsi l’idée que la création humaine est supérieure à la nature. Par la suite, on s’est rendu compte que les techniques ainsi développées ont un effet catastrophique sur la nature. Le biomimétisme permet une vision plus positive de la technique et de ce que peuvent faire les êtres humains. Au lieu de chercher à limiter les impacts, on peut chercher à avoir un impact positif. Nos techniques doivent créer des conditions d’existence de la vie, par exemple, en créant des bâtiments qui absorbent le CO₂ à l’image d’un arbre. Comme le disent Michael Braungart et William McDonough, pères du Cradle to Cradle, il faut « imaginer un bâtiment comme un arbre et une ville comme une forêt ».


Source : ECLAIRA - Le Bulletin N°11/ juillet 2018

Lire et télécharger en PDF le Bulletin ECLAIRA N°11

Bulletin édité par CIRIDD - soutenu par la Région Auvergne - Rhône-Alpes


Crédit illustrations : Chloé Laffay, Terre Vivante, Pixabay


Modéré par : Traduction Birdwell

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