[Focus] ERE 43 : coopération locale pour la production et la vente de chaleur

ERE 43 est une société spécialisée dans la maîtrise de l’énergie et le développement des énergies renouvelables. Elle mène dans ce cadre plusieurs activités dont un service de vente de chaleur « clé en main », c’est-à-dire qu’elle ne vend pas des chaudières mais fournit de l’énergie.

Pour ce faire, la société a conçu des microchaufferies en bois (les Modul’R) comprenant une chaudière à bois et un silo de stockage des plaquettes de bois. Elle prend en charge le financement, installe ces chaufferies à proximité des bâtiments des usagers et les relie par des conduits enterrés. ERE 43 reste propriétaire des équipements, elle gère l’approvisionnement en plaquettes et la maintenance. L’offre concerne des établissements publics ou privés ayant des grandes surfaces à chauffer tels qu’un centre de vacances, une maison de retraite, un centre aquatique, un restaurateur, une mairie… Une chaufferie peut alimenter plusieurs structures simultanément ainsi que des maisons individuelles qui ont la possibilité de se relier à l’installation.

Une démarche ancrée localement

ERE 43 est basée en Haute-Loire, un territoire d’altitude qui dispose d’une ressource forestière conséquente et où les besoins en chauffage sont importants. Pour des raisons de rentabilité, d’efficacité et de qualité du service, l’activité de vente de chaleur se déploie à l’échelle locale en s’appuyant sur une logique de filière intégrée. La gestion de l’ensemble de la filière est facilitée par le statut de société coopérative d’intérêt collectif (Scic) adopté en 2007*.

*Une soixantaine de coopérateurs publics et privés sont associés au capital et à la gouvernance d’ERE 43.

Ainsi, les plaquettes de bois alimentant les chaudières sont directement fabriquées par ERE 43 à partir de sous-produits issus des activités de forestiers et d’agriculteurs locaux associés (menuiserie, entretien des forêts…). Les chaufferies sont aussi réalisées sur le territoire par des entreprises partenaires.

Cette échelle concorde avec la volonté de développer des énergies renouvelables locales ainsi que de mettre en valeur la ressource forestière et les savoir-faire altiligériens. La distance est également un critère déterminant dans la définition du périmètre de la vente de chaleur. En effet, la société doit pouvoir intervenir rapidement en cas de panne sur une installation et ce malgré des routes enneigées. Les chaufferies se situent donc au maximum dans un rayon de 30 kilomètres autour du « pôle bois-énergie » d’ERE 43. De même, les trois plateformes où l’entreprise stocke ses réserves de bois sont réparties à proximité des installations. Limiter les distances parcourues est en outre une manière de réduire son bilan CO2 ainsi que de limiter le coût de transport du bois.

La contrainte de la distance limite de fait la taille du marché mais représente en même temps un facteur de résilience car la société bénéficie d’une logique de bouche à oreille et la proximité apparaît comme un gage de confiance. De plus, la présence au niveau local et la connaissance du terrain permettent de proposer une offre sur mesure et adaptée aux besoins du territoire.

Le changement d’échelle, un cap décisif

Le passage à une taille critique est décisif pour l’équilibre et la survie de toute activité. Cette étape est essentielle car elle permet de bénéficier de capacités de financement plus conséquentes, de réaliser des économies d’échelle, de devenir compétitif face à la concurrence.

ERE 43 a créé le concept de microchaufferie au bois et a dû sortir de la phase d’expérimentation, dépasser le stade de prototype vers une production en plus grand nombre des Modul’R. La question des financements a alors été (et demeure) cruciale. Un cap a été franchi en 2011-2012 lorsque l’ADEME a accordé un financement pour un groupe de projets, permettant ainsi à la société de développer douze chaufferies simultanément. Cela a représenté un véritable levier puisque réaliser un montage financier propre à chaque projet s’avérait lourd et coûteux.

Le dépassement d’un premier seuil critique, une dizaine de chaufferies dans ce cas, rend possible la mise au point de services mieux adaptés et de solutions plus efficaces telles qu’un système logistique performant en capacité de livrer le combustible à un nombre croissant d’installations. Aujourd’hui la question de l’augmentation de la capacité de production reste un défi à relever pour la société qui compte 22 chaufferies.

Les enjeux du changement d’échelle

Selon Jacques Villevieille, gérant d’ERE 43, il est nécessaire d’arriver à analyser ce que l’entreprise sait faire et repérer ce qui devient un avantage ou un inconvénient pour elle lors d’un changement d’échelle. Cela permet de déterminer les activités qu’il convient de continuer, d’arrêter ou de transformer.

Il s’agit ensuite de savoir remettre en question certaines réalisations et reconstruire différemment des aspects de l’activité qui ont pourtant souvent été longuement réfléchis et laborieusement construits. Le cas s’est présenté pour le système de surveillance des chaufferies. Créé au commencement de la vente de chaleur, il ne représentait plus une solution optimale au-delà de l’installation de cinq chaufferies et a donc dû être repensé. 

Un autre facteur de résilience tout au long du développement de l’activité réside dans la capacité à s’adapter à certains changements extérieurs qui semblent anodins mais qui peuvent avoir des conséquences importantes sur l’équilibre de la société. Par exemple, les décisions prises par les fournisseurs, telles que l’arrêt de la fabrication d’un composant ou le lancement d’une nouvelle gamme de chaudières, entraînent des modifications dans la façon de concevoir le système de vente de chaleur. 

Essaimer le modèle de vente de chaleur

ERE 43 est en relation avec plusieurs structures pour étudier la possibilité de dupliquer le modèle de vente de chaleur qu’elle a développé (à la fois le système de chaufferie, le modèle économique, la gestion sous forme de Scic). Elle a pour l’instant vendu un Modul’R à la coopérative Les Fermes de Figeac située dans le Lot.

Il n’est cependant pas aisé de reproduire une telle démarche, d’abord pour des questions de financements mais également en raison de facteurs externes. Le secteur de l’énergie dépend d’éléments difficiles à contrôler tels que l’évolution des tendances de consommation, la « popularité » des énergies, les incitations publiques et l’évolution du prix des matières. Le prix du pétrole, actuellement en baisse, crée un phénomène d’attentisme, mais inversement, en cas de hausse, peut créer une fébrilité, elle aussi incompatible avec le montage de projets lourds.

Consultez la présentation de l'initiative d’ERE 43 sur Eclaira

Crédit photos : ERE 43


Source : ECLAIRA - Le Bulletin Numéro  N°8 / Octobre 2017

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