[Focus entreprise] Citiz Alpes-Loire : coopérer pour développer l’autopartage

[Focus entreprise] Citiz Alpes-Loire : coopérer pour développer l’autopartage

Alors que les voitures particulières passent l’immense majorité du temps garées sur une place de parking, pour les collectivités elles renvoient à des enjeux de pollution de l’air, de consommation d’espace public et de congestion des axes routiers. L’usage partagé des véhicules est une des réponses proposées face à ces constats. Citiz Alpes-Loire, basée à Grenoble, offre un service de voitures en libre-service en s’appuyant sur la mobilisation de multiples acteurs publics et privés.

À Grenoble, l’autopartage a été initié au début des années 2000 par deux chercheurs en économie inspirés par des démarches menées en Allemagne, à Marseille et à Strasbourg. En 2005, une association d’autopartage à destination des particuliers est créée. Cinq ans plus tard, elle se transforme en SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) en s’associant avec une société de location de voitures entre professionnels située à Chambéry.

Ce changement de statut a permis à Citiz Alpes-Loire de renforcer sa solidité financière et de développer son service à l’échelle de la région. En effet, la vente de parts sociales à des coopérateurs permet de limiter le recours aux subventions, de s’ouvrir à de nouveaux partenaires et à de nouveaux territoires tout en levant des fonds plus facilement.

«TOUT SEUL ON VA PLUS VITE MAIS ENSEMBLE ON VA PLUS LOIN»

L’intérêt d’une SCIC ne se limite pas au modèle financier quelle offre, c’est un statut qui place la défense de l’intérêt collectif et la gestion démocratique autour de valeurs partagées au cœur de l’activité. Ainsi, les parties prenantes devenues coopératrices sont associées à la gouvernance sous le principe d’une personne est égale à une voix. Le statut est particulièrement adapté à l’autopartage : la volonté de s’intégrer dans les politiques de déplacement et de répondre au mieux aux besoins de mobilité demande une coopération poussée avec les acteurs publics, les différentes entreprises du secteur de la mobilité et les usagers. Les salariés sont également coopérateurs ainsi que des structures de l’Economie Sociale et Solidaire et toute personne souhaitant soutenir la société. De plus, la coopération reflète certaines valeurs inhérentes à la pratique de l’autopartage telles que l’importance du lien social et du collectif.

Selon Martin Lesage, directeur de Citiz Alpes- Loire, le développement de l’autopartage requiert une approche collective et agile, la gestion multi-acteurs semble donc préférable à une institutionnalisation ou gestion «classique» par un opérateur privé. La mobilisation d’acteurs, qu’ils soient publics ou privés, et leur coopération nécessitent de bâtir des relations de confiance. Il s’agit de convaincre de la pertinence et de la viabilité du projet ainsi que de l’intérêt de travailler ensemble. Or, cela s’avère difficile lorsque le concept que l’on défend est émergent et demande un changement de vision sur l’usage de la voiture individuelle et sur la mobilité de manière plus générale.

Citiz Alpes-Loire est arrivée à mobiliser aussi bien des usagers, que des collectivités et des entreprises du transport. 

Pour cela la SCIC a écouté les réticences des différentes parties prenantes et a su y répondre.Par exemple, des études réalisées sur les comportements des usagers de l’autopartage ont permis de démontrer l’intérêt de coopérer avec les opérateurs du secteur de la mobilité puisque cette pratique est bénéfique à l’intermodalité et n’entre pas en concurrence avec les transports en commun, les vélos en libre-service ou encore le covoiturage.

Quant aux collectivités, il est nécessaire de les rassurer sur l’équilibre financier du projet et sur l’aspect «gagnant-gagnant» de la coopération. Lorsqu’elles deviennent coopératrices elles s’engagent pour cinq ans à utiliser le service et à mettre leurs véhicules en partage, elles optimisent ainsi leur usage et font preuve d’exemplarité. Certaines comme Grenoble ont commencé par attribuer des subventions avant de sauter le pas et de devenir coopératrices.Les collectivités représentent aujourd’hui les plus gros coopérateurs en détenant de 15000 à 50000€ de capital sur les 600000€ de capital total.

Faire vivre une société coopérative : un chantier permanent

Si elle est nécessaire, la coopération n’est pas innée. L’animation de la vie coopérative représente un chantier permanent et c’est une activité à part entière pour Citiz Alpes- Loire qui engage un ou plusieurs étudiants en stage long chaque année pour assurer cette mission.

Comment associer au mieux les coopérateurs à la gouvernance ? Comment promouvoir l’autopartage ensemble ? Comment la participation de chacun peut garantir que le partenariat soit dans l’intérêt de tous ? Les réponses à ces questions sont multiples, évolutives et s’appuient sur la formation*, la créativité, l’agilité, l’écoute, et l’ouverture. La SCIC utilise plusieurs méthodes et outils afin de créer du lien entre les coopérateurs mais également avec d’autres coopératives et associations locales. Elle organise des évènements, publie une newsletter, consacre un temps à des ateliers participatifs lors de chaque assemblée générale, met en place des groupes de travail ouverts à tous les membres, elle recherche les synergies avec d’autres coopératives à travers des ateliers et assure une représentation dans des les associations locales. Le rôle d’agitateur du comité d’administration est aussi à souligner ici.

Les valeurs portées par la SCIC entrent parfois en tension avec les logiques de fonctionnement d’une entreprise. La gouvernance partagée permet d’exprimer ces contradictions et de leur apporter des réponses. Des sociétaires ont par exemple fait remarquer que faire la promotion de Citiz et étendre la flotte de véhicules peut apparaître comme contraire à l’objectif de diminuer la place de la voiture dans les déplacements, ce sont pourtant des actions nécessaires à la viabilité financière du projet.

La société gère aujourd’hui 260 voitures partagées entre particuliers ou professionnels dans plus de 30 villes en Rhône-Alpes, elle emploie 15 personnes et compte environ 260 coopérateurs. Elle fait partie du réseau national d’autopartage Citiz et a récemment lancé une activité de partage de voitures appartenant à des entreprises, collectivités ou particuliers (Ma Chère Auto).

L’ambition de Citiz Alpes-Loire est d’intégrer parfaitement l’autopartage dans l’intermodalité, elle souhaite servir d’exemple afin d’essaimer ce service sous ses différentes formes et envisage notamment une coopération avec la Suisse. Elle aspire désormais à devenir une entreprise libérée où le poids de la hiérarchie est réduit dans la façon de construire les projets et où chacun peut être un initiateur peu importe sa fonction. Ma Chère Auto est d’ailleurs née de l’idée d’un salarié, elle a ensuite été travaillée en intelligence collective avec les autres salariés, puis les membres du C.A. et enfin les sociétaires. Cette façon de faire a permis d’aboutir à un projet plus riche et plus rapidement que s’il avait été le fruit de la réflexion d’un groupe de projet ordinaire.

Récemment, la participation à un MOOC sur la gouvernance partagée du mouvement Colibris.

Consultez la présentation de l'initiative  SCIC Citiz Alpes-Loire sur ECLAIRA

Crédits photos : ©christophe urbain - Citiz / CIRIDD

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Source : ECLAIRA - Le Bulletin Numéro  N°7 / Juin 2017

Bulletin édité par CIRIDD - soutenu par la Région Auvergne - Rhône-Alpes

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Retrouvez ce Focus sur https://www.eclaira.org/initiative/ 

Modéré par : Traduction Birdwell

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